Une crise planétaire intensifiée
La pollution plastique est devenue l’un des plus grands défis environnementaux du XXIᵉ siècle. En 2022, la production mondiale dépasse les 475 millions de tonnes par an, et continue de croître d’environ 4 % chaque année.
Moins de 10 % de ces plastiques sont effectivement recyclés. Quant à la grande majorité du reste, ils finissent dans les décharges, les sols,… et surtout dans les mers et les océans.
Sans oublier qu’un déchet abandonné est un déchet transporté par les ruisseaux, rivières, fleuves, courants et vents, parcourant des kilomètres et des kilomètres.
Ainsi, chaque année, près de 8 millions de tonnes de plastiques rejoignent les milieux aquatiques, suffisant à provoquer une pollution massive et durable.
Ces déchets ne se contentent pas de flotter : ils se fragmentent en microplastiques, invisibles à l’œil nu, qui s’infiltrent dans la chaîne alimentaire, jusque dans nos assiettes.
« Si rien ne change, l’océan pourrait, d’ici 2025, contenir 1 tonne de plastique pour 3 tonnes de poissons et, en 2050, plus de plastiques que de poissons. » — LPO, Dites STOP à la pollution plastique !, 2025 (source : Ellen MacArthur Foundation)
Des Rencontres de Nice à l’échec du sommet de Genève : un espoir brisé
Les Rencontres de Nice, tenues en juin 2025, avaient suscité un véritable élan d’optimisme quant à la possibilité d’un accord mondial sur les plastiques.
Placées sous l’égide du PNUE et de la France, elles avaient réuni plus de 80 pays, ainsi que de nombreuses ONG et entreprises, pour poser les bases d’un futur traité international contre la pollution plastique.
Un consensus inédit semblait émerger sur plusieurs points essentiels : la réduction progressive de la production de plastiques à usage unique, la régulation des additifs chimiques dangereux et le renforcement de la responsabilité des producteurs.
Mais quelques mois plus tard, en août, à Genève, cet espoir s’est heurté à la réalité des intérêts économiques et politiques. Les divergences profondes entre les grands pays producteurs et les États prônant une limitation stricte de la production ont fait échouer les négociations.
Ce qui devait être le dernier cycle et conduire à un compromis historique s’est transformé en un constat d’échec, marquant une pause inquiétante dans le processus multilatéral engagé depuis 2022.
« Nice devait ouvrir la voie à un compromis historique. Genève a montré combien les intérêts économiques restent plus puissants que la volonté écologique. » — Observatoire international du plastique, 2025
La Méditerranée, une mer sous pression
La Méditerranée ne représente que 1 % de la surface océanique mondiale, mais concentre 20 % de la biodiversité marine connue et une densité de population parmi les plus fortes du globe.
Pour autant, elle est aujourd’hui considérée comme l’une des mers les plus polluées en plastique au monde.
Selon le WWF, en 2019, 600 000 tonnes de plastique sont rejetées chaque jour dans la Méditerranée.
Les plastiques constituent jusqu’à 95 % des déchets flottants et sur les plages. De plus, la densité de microplastiques y dépasse parfois celle du “continent plastique” du Pacifique.
Cette contamination affecte directement les espèces marines, les oiseaux marins, les tortues, mais aussi la santé humaine via la consommation indirecte de plastique.
Les secteurs du tourisme et de la pêche en subissent également les conséquences économiques : plages polluées, dégâts sur les filets, baisse de l’attractivité côtière…
« La Méditerranée se transforme en un dangereux piège de plastique, avec des niveaux record de pollution qui mettent en danger les espèces marines et la santé humaine. » — Rapport WWF Initiative Marine Méditerranéenne, publié en 2018
Sur le terrain : le projet transfrontalier TRAP, agir et comprendre localement
Face à cette urgence, des projets de coopération transfrontalière se mobilisent sur le littoral catalan entre France et Espagne.
Parmi eux, le projet TRAP, financé dans le cadre du programme transfrontalier INTERREG POCTEFA et soutenu par l’Aire fonctionnelle Littoral Est de l’Eurorégion Pyrénées-Méditerranée.
Son objectif : mieux comprendre la provenance et la circulation des microplastiques dans le nord-ouest méditerranéen afin de proposer des solutions concrètes aux acteurs locaux.
Le projet utilise la science participative pour collecter des données sur ces microplastiques : les associations et organisations locales (IAEDEN, Sommar,…) travaillent main dans la main avec des clubs sportifs pour mener régulièrement des échantillonnages en kayak, paddle, surf ou aviron à Llançà et sur d’autres points du littoral.
Les échantillons sont ensuite analysés par les partenaires scientifiques pour :
- suivre l’évolution temporelle de la pollution,
- cartographier les zones à forte concentration,
- identifier les sources probables (rejets urbains, touristiques ou fluviaux),
- et fournir des outils d’aide à la décision aux collectivités.
Ce travail relie recherche, citoyens et politiques territoriales dans une même dynamique. Une manière innovante et inclusive d’impliquer la société civile dans la préservation du littoral méditerranéen.
Agir ensemble pour un littoral durable
Alors que les rencontres de Nice montrent la volonté européenne d’avancées sur la problématique du plastique, l’échec du sommet de Genève rappelle quant à lieu combien les solutions locales et régionales sont essentielles dans une crise du multilatéralisme.
A son tour, le projet TRAP illustre cette volonté d’agir au plus près du terrain, en combinant science participative, coopération transfrontalière et sensibilisation citoyenne.
Sur la côte catalane, ces initiatives s’inscrivent désormais dans un cadre plus large — celui des Pactes pour la Méditerranée et pour l’Océan —, qui offrent une ambition politique et financière à la hauteur de ces enjeux sur lesquels nous reviendrons dans un prochain article.
Car au-delà des chiffres, il s’agit de préserver un patrimoine commun, fait de mer, de paysages et de vie.
« Cela [pollution plastique] nécessite l’engagement et la collaboration de tous, y compris les gouvernements, les entreprises et les particuliers. » — Kiessling T. et al. 2015. Marine litter as habitat and dispersal vector. In: Bergmann M., Gutow L., Klages M. (eds) Marine Anthropogenic Litter. Springer, Cham.
